NC028
Bwa Opana


Year of compilation: 2007

Site description
L’IBA s’organise géographiquement selon un axe nord-sud matérialisé par la crête reliant les sommets du Méténébwé, Bwa Opana et Bwa Kwéja et la vallée de la rivière Hwa Nobwé, affluent de la Ouenghi. Elle culmine à 639 mètres au Méténébwé mais le Bwa Opana constitue un élément marquant du paysage de par sa position centrale et donne son nom à l’IBA. Au nord, ses frontières sont adjacentes aux frontières sud de l’IBA du pic Ningua et viennent jusqu’à la rivière Kwé Hwaa, au sud elles viennent longer les contours des reliefs jusqu’à la plaine de Boulouparis. A l’ouest, c’est la vallée de la rivière HwaYa qui délimite la zone et à l’est, ce sont les contreforts du Koungouhaou. La quasi-totalité des roches qui supportent l’IBA sont d’origine sédimentaire (flysch de Gouaro) toutefois la frontière est longe les péridotites de la nappe de charriage du Grand Sud. Les forêts, qui se développent ici sous de faibles précipitations (moins de 1 500 mm par an), sont à tendance mésophile avec des faciès localement plus humides, à palmiers, sur les hauteurs de l’IBA. Le couvert boisé s’étend essentiellement de part et d’autres de la crête formant l’axe nord-sud de la zone, depuis les plaines jusqu’au sommet, remarque importante au regard des déboisements étendus que la région a connus depuis plus d’un siècle. Ce couvert est relativement homogène, peu fragmenté en son coeur, constitué de forêts aux canopées hautes, dépassant souvent 15 mètres, et dominées par de nombreux banians (Ficus sp.). A l’est de cet axe nord-sud recouvert de forêt, le couvert boisé est beaucoup plus rare et fragmenté, dégradé par une intense activité agricole qui a mené à des défrichements sur de vastes surfaces. Un contraste, entre les régions boisées, encore assez bien conservées du centre et de l’ouest et celles cultivées, pâturées ou recouvertes de savanes et forêts dégradées de l’est et du sud caractérise cette IBA.

Key biodiversity
Un échantillon relativement significatif des grandes formations arborées de l’IBA a pu être inventorié et même si une part importante de ces inventaires a été réalisée en saison a priori défavorable aux écoutes, les résultats ont démontré tout l’intérêt du massif pour certaines espèces, tout particulièrement pour le Cagou. La richesse spécifique maximale est atteinte dans les forêts du centre et de l’ouest, en particulier aux altitudes les plus élevées. Ce sont également les secteurs de plus forte valeur patrimoniale, abritant le plus grand nombre d’espèces endémiques. Le Cagou est donc une nouvelle fois l’espèce phare de l’IBA. Cette dernière semble héberger une importante population de l’oiseau emblème de Nouvelle-Calédonie, une matinée d’écoute sur les flancs est du Bwa Opana, l’amont de la Nobwé et les piémonts ouest du Koungouhaou ayant permis de recenser pas moins de 39 oiseaux ! Et aux dires des personnes rencontrées dans la région, cette population ne serait pas en déclin. Le Cagou habite même, en nombres non négligeables, les forêts et taillis dégradés des piémonts du Koungouhaou, où on aurait tendance à penser que cette espèce, qu’on associe volontiers aux forêts humides préservées, est absente. Il s’agit donc très probablement d’un des plus importants noyaux de population de Nouvelle-Calédonie, avec plusieurs dizaines d’oiseaux dans une région de basse altitude, très anthropisée d’où son caractère d’autant plus original. L’IBA abrite un minimum de 33 espèces dont 21 à répartition restreinte. Parmi celles-ci, 14 sont endémiques et deux appartiennent à la liste rouge de l’UICN. Deux espèces introduites, le Coq bankhiva et le Dindon commun, y sont également fréquemment rencontrées, dans les forêts pour le premier, en zones clairièrées pour le second. Des espèces comme le Ptilope vlouvlou, le Siffleur calédonien, le Rhipidure tacheté ou encore le Monarque brun, typiquement forestières, sont toutes présentes en effectifs dignes d’intérêt.

Pressure/threats to key biodiversity
L’IBA du Bwa Opana a cela d’original qu’une très grande partie de son foncier est privatif et qu’elle est habitée en permanence jusque profondément dans la vallée de la Nobwé. L’IBA n’est donc fréquentée que par un nombre restreint de personnes même si un maillage très serré de pistes et autres voies de communication, bien entretenues, permet un accès aisé à tous les secteurs, dans une moindre mesure au nord du Bwa Opana. La région a été exploitée pour son bois mais aujourd’hui, deux activités dominent : la chasse sur les reliefs et l’agriculture en plaines et dans les vallées. La chasse concerne probablement pour l’essentiel le Cerf rusa. Ce réseau de pistes sur les hauteurs et une forte activité humaine dans les plaines et vallées met sous pression les importantes populations de Cagous (fréquentes incursions des chiens) mais également de Columbidés et spécialement le notou ou Carpophage géant dont la fréquence d’observation sur l’IBA est inférieure à la moyenne de l’ensemble des IBA. La proximité des plaines de l’ouest, foyers de présence du cerf, a conduit à une densité remarquable de l’animal dans la région, en particulier au sud du Bwa Opana. Dans ce secteur il est partout abondant et son impact est évident avec de nombreuses zones, principalement à basse altitude, où aucune régénération de la végétation ne semble plus possible. Le couvert forestier est dégradé et la progression des espèces végétales envahissantes favorisée. Le cochon sauvage semble moins fréquent et ses dégâts moindres que dans les zones de forêts humides d’altitude. Sur les piémonts, ce sont les activités agricoles, particulièrement l’élevage et ses défrichements, qui sont une menace pour les forêts abritant les Cagous et l’essentiel du patrimoine avifaunistique de l’IBA. Si dans le sud de la zone les incendies paraissent assez peu fréquents, il n’en est certainement pas de même dans le nord, au-dessus de la Kwé Hwaa, où ces incendies sévissent de manière récurrente. Les savanes qui se développent jusqu’au cœur de l’IBA sont ainsi susceptibles de s’embraser et le feu de menacer les poches de forêts qui abritent encore le Cagou et/ou font office de corridor entre les différentes parties du couvert forestier mettant en péril la pérennité de la population. La mise en œuvre des actions de conservation sur l’IBA du Bwa Opana pourrait être facilitée par un nombre d’interlocuteurs assez restreint dans la mesure où un dialogue constructif pourrait s’instaurer avec eux. Si la chasse (et par son intermédiaire la présence des chiens) est la menace la plus palpable et la plus grande à court terme pour quelques espèces (Cagou et notou prioritairement), l’impact apparemment catastrophique des cerfs sur la régénération du couvert forestier semble de loin le plus grand danger pour les oiseaux de la zone. C’est donc vers une intense réflexion que le travail devra s’orienter, réflexion sur les pratiques de chasse mais aussi la gestion des populations de cerfs. Les questions de l’impact des créations de piste et autres voies d’accès qui facilitent la pénétration humaine et celle des chiens et autres mammifères introduits ainsi que les incendies devront également être abordées.


Recommended citation
BirdLife International (2022) Important Bird Areas factsheet: Bwa Opana. Downloaded from http://www.birdlife.org on 26/01/2022.